Errence sur les parquets glissants d’une pensée libre.

J’écoute il y a peu une interview. Il y a deux personnes: une qui questionne et l’autre répond. Le ton est monocrode, ennuyeux peut être, mais je suis scotché, scotché par la pensée: chaque phrase, question ou réponse, est hésitante, les interlocuteurs savent visiblement ce qu’ils veulent exprimer mais ils cherchent leurs mots, il y a des silences et on cherche avec eux, le mot juste.
Le thème de la discussion porte sur l’auto-censure, non pas celle du journaliste mercenaire mais l’auto-censure banale, la vigilence inconsciente qui fait que nous évitons les mots qui fachent, ceux qui pourraient entraîner un conflit ou pire la désaprobation, ceux qui pourraient nous nuire, nuire à notre situation matérielle, à l’estime que d’autres nous portent, ceux qui pourraient nous coûter des amis.
Je suis interloqué, provoqué! Il est fait mention de Freud et de psychanalyse bien sûr. Le mot « aliénation » me vient à l’esprit, je pense à la propagande, à la publicité, au subliminal.
Mais ma pensée s’égare, s’échappe. Je cherche à la resaisir et je me dis que je devrais mettre ça par écrit! Ça m’arrive souvent: je crois avoir mis le doigt sur quelque chose d’important, je range ça dans un coin de ma tête pour laisser murir et puis je l’oublie dans ce coin là! J’oublie même le coin pour tout dire.
Ou alors, j’écris deux lignes en pensant poursuivre plus tard. Je relis en effet un peu plus tard et je me me dis que ça n’a pas d’intérêt et je jette.
« Intérêt », au fait? Quel intérêt? Un intérêt en soi, absolu?? Alors pourquoi l’écrire? Pour moi? Même réponse! Je le sais déjà.
Alors quel intérêt pour les autres? Qui peut s’intéresser à ça? Ma famille? Mes amis? Mais écrit on encore pour ses proches? Le temps de la littérature épistolaire est passé et les courriels aux proches se limitent à quelques mots: « Bon, d’accord pour demain après-midi! » .Du reste on se contente souvent d’un message enregistré.

Si donc l’expression de ma pensée n’est destinée ni à moi même, ni à mes proches qui me connaissent trop bien et savent d’avance ce que je vais leur dire, alors l’intérêt que l’on cherche à éveiller ne peut se trouver que sur la place du village, à la sortie de la messe, au café du commerce ou sur Facebook.
Si tout se passe bien, on utilisera un haut-parleur médiatique (Rousseau n’en disposait pas), une télé, un journal susceptible de transmettre le message jusque dans le cercle familial, chez nos amis qui, ultime récompense, nous enverront un: « Eh, je t’ai vu sur Canal Bing! ». Mais peu importe ce qu’on a dit, l’essentiel est d’avoir été vu et que l’on en parle. Ah tiens, ça me rappelle l’histoire de l’homme qui a vu l’homme …

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s